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DopageDopage des amateurs : l`Europe tire la sonnette d`alarme

Six pour cent des amateurs fréquentant les salles de sport dites de « fitness » reconnaissent qu`elles prennent des médicaments pour améliorer leurs performances, révèle un rapport alarmiste de la Commission de Bruxelles. Les Européens préparent pour la première fois des mesures de lutte contre le dopage dans le sport amateur.

Le dopage semble aussi répandu, et n`est pas moins dangereux, chez les amateurs que chez les professionnels (Phanie)

Jusqu`à présent, l`attention portée par l`Union européenne sur les dangers du dopage s`était toujours limitée au sport professionnel. Le rapport rendu public par Viviane Reding, commissaire européenne chargée des sports, constitue donc un événement, les pratiques addictives dans le sport amateur étant pour la première fois prises en considération.

L`enquête de la Commission a été réalisée dans plusieurs pays européens (Belgique, Allemagne, Italie et Portugal). Près de 6% des usagers des salles de fitness de ces pays reconnaissent absorber régulièrement des médicaments pour améliorer leurs performances. Ces personnes qui avouent se doper appartiennent à toutes les catégories sociales (actifs, élèves et étudiants), souligne le rapport. Mais ce sont « les jeunes qui sont le plus touchés », souligne Mme Reding, en avertissant que le dopage constitue « un réel danger pour la santé de notre jeunesse.

Marché noir sur Internet

Au passage, le rapport dénonce l`ampleur du marché noir des produits dopants, tels les anabolisants et les hormones de croissance. Pour l`Allemagne seule, ce marché est évalué à au moins 100 millions d`euros. Les produits transitent notamment par Internet. Ainsi, rien qu`en Allemagne, une quinzaine de ces sites proposant des produits dopants ont été répertoriés. Si l`approche européenne sur le sujet est inédite, les médecins français se sont émus de la situation de longue date : « Voilà plus de dix ans que nous signalons régulièrement la question du dopage des amateurs dans les salles de sport, témoigne le Dr Alain Duvallet, médecin inspecteur régional d`Ile-de-France de la Jeunesse et des Sports, maître de conférences au CHU Cochin. La spécificité de cette question est liée au statut juridique de ces salles, privées pour 99% d`entre elles. De ce fait, les médecins inspecteurs ne peuvent y accéder librement, les policiers ne pratiquant les perquisitions que munis d`une commission rogatoire établie par un juge d`instruction. » Une procédure lourde à engager, qui expose généralement à des arguties juridiques de la part des exploitants de salles. C`est ainsi qu`aucune commission rogatoire n`a pu à ce jour être délivrée en Ile-de-France, les magistrats ayant à chaque fois classé le dossier faute d`éléments suffisants à leurs yeux. La même impasse juridique est observée sur les terrains de golf, autres enceintes sportives privées à l`intérieur desquelles l`administration de la Jeunesse et des sports ne peut librement accéder pour pratiquer ses contrôles. Pourtant, le dopage est bien réel dans les salles de fitness françaises, assure le Dr Duvallet, qui se fonde sur les témoignages recueillis en consultation ou par l`intermédiaire du numéro de téléphone Ecoute dopage. L`association Pool européen du sport, qui a son siège au Luxembourg et qui regroupe plusieurs régions européennes a diligenté une enquête dont les résultats devraient être connus à la fin de l`année.

Hormones de croissance et stéroïdes anabolisants

D`ici là, le Dr Patrick Laure, médecin conseiller de la Jeunesse et des Sports pour la région lorraine, auteur de « Dopage et société » (Editions Ellipses), souligne qu`une enquête effectuée en Grande-Bretagne chiffre à 18% la proportion des aficionados du culturisme qui prendraient des stéroïdes anabolisants. « En France, précise-t-il, les investigations que nous avons tenté de mener en distribuant des questionnaires dans les salles n`ont pas permis de conclure. Nous savons cependant que la créatine, les fat burners (brûleurs de graisses) et d`autres produits ne figurant pas sur la liste des produits dopants circulent dans les salles. Des gérants nous ont rapporté des ampoules marquées HGH (hormones de croissance) circulent parmi les pratiquants, tout comme des stéroïdes anabolisants. S`agissant d`un marché sournois où les trafiquants écoulent volontiers des ampoules qui contiennent seulement de l`eau et du sucre, nous n`avons aucune certitude sur la réalité des produits. Mais la diffusion d`EPO pour augmenter l`endurance ou d`assécheurs de la peau pour mieux dessiner le relief musculaire est hautement probable. » On prêtait l`intention à Marie-Georges Buffet, ancienne ministre de la Jeunesse et des Sports, de faire adopter une modification de la législation sur les salles et une extension du droit de regard de son administration. Son successeur, Jean-François Lamour, pourrait, assure-t-on dans son entourage, concrétiser cette réforme. De son côté, la Commission européenne prépare un plan d`action contre le dopage qui sera élaboré d`ici à la fin de l`année, a indiqué Viviane Reding. Parmi les premières mesures, un étiquetage adéquat des médicaments pour prévenir les utilisateurs du dopage et une meilleure politique d`éducation pour freiner le recours aux compléments alimentaires parmi les sportifs amateurs. Des mesures plus ambitieuses, comme une labellisation des salles de fitness pourraient être prochainement décidées par les ministres des sports de l`Union.

Christian DELAHAYE

Le quotiend du medecin (quotimed.com)

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